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Branches d'un grand arbre fruitier dépassant au-dessus d'une clôture en bois dans un jardin pavillonnaire, pommes tombées sur la pelouse, lumière douce d'automne
⚖️ Avocat & Juridique

Arbre du voisin qui dépasse chez moi : ai-je le droit de couper les branches moi-même ?

Des branches qui envahissent votre jardin, des racines qui soulèvent la terrasse, des fruits qui tombent sur votre pelouse : la loi ne vous laisse pas tout faire vous-même. Je vous explique ce que dit le Code civil (branches, racines, fruits, distances de plantation), les démarches dans l'ordre et les erreurs à ne pas commettre.

DY
La rédaction Dymastyle·5 min de lecture
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Chaque automne, c’était le même scénario chez moi : les branches du grand noyer de mon voisin s’étendaient un peu plus au-dessus de ma terrasse, et je passais mes week-ends à ramasser feuilles et coquilles. Un jour, sécateur et scie à la main, j’ai failli régler le problème moi-même. J’ai bien fait de me renseigner avant : j’aurais pu me retrouver en tort, alors que la loi était plutôt de mon côté.

Les arbres en limite de propriété sont l’une des premières sources de conflits de voisinage. Le Code civil fixe pourtant des règles assez claires. Encore faut-il les connaître, car elles ne disent pas toujours ce qu’on imagine.

Les branches : vous pouvez exiger qu’elles soient coupées, pas les couper vous-même

C’est la règle qui surprend le plus. Selon le Code civil, si les branches de l’arbre de votre voisin avancent au-dessus de votre terrain, vous pouvez le contraindre à les couper, mais vous n’avez pas le droit de les couper vous-même, même si elles sont au-dessus de chez vous.

Ce droit est imprescriptible : peu importe depuis combien de temps les branches dépassent, vous pouvez toujours demander qu’elles soient coupées à la limite séparative. L’élagage est à la charge du propriétaire de l’arbre.

Au-dessus de chez vous, les branches restent la propriété de votre voisin. Vous avez le droit d’exiger qu’il les coupe, pas celui de prendre la scie à sa place.

Couper vous-même, sans accord écrit, vous expose à devoir réparer le préjudice si l’arbre est abîmé, sans compter la dégradation des relations.

Les racines, ronces et brindilles : là, vous pouvez agir

La règle est différente pour ce qui pousse au ras du sol ou en dessous. Si ce sont des racines, des ronces ou des brindilles qui avancent sur votre terrain, vous avez le droit de les couper vous-même, à la limite de la ligne séparative. Ce droit est, lui aussi, imprescriptible.

Prudence toutefois avec les grosses racines : les couper peut fragiliser l’arbre. Si l’arbre venait à tomber et à causer des dégâts, la question de votre responsabilité pourrait se poser. Pour des racines importantes, mieux vaut en parler d’abord avec votre voisin, voire demander l’avis d’un professionnel de l’élagage.

Les fruits : ceux qui tombent sont à vous, pas ceux qui pendent

Autre règle méconnue : les fruits tombés naturellement sur votre terrain vous appartiennent. Vous pouvez donc ramasser et manger les pommes ou les noix tombées dans votre jardin.

En revanche, les fruits encore sur la branche, même au-dessus de chez vous, appartiennent au propriétaire de l’arbre. Vous ne pouvez pas les cueillir, ni secouer la branche pour les faire tomber.

Les distances de plantation à respecter

Au-delà des branches, la loi encadre aussi l’emplacement des arbres. À défaut de règlement local ou d’usages particuliers, les distances à respecter par rapport à la limite de propriété sont les suivantes :

Hauteur de la plantation Distance minimale de la limite séparative
Plus de 2 mètres 2 mètres
2 mètres ou moins 50 centimètres

Si une plantation ne respecte pas ces distances, le voisin peut demander qu’elle soit arrachée ou réduite à la hauteur légale. Il existe cependant des exceptions, en particulier quand l’arbre dépasse la hauteur autorisée depuis plus de trente ans (on parle alors de prescription), ou dans certaines situations héritées d’une ancienne division de propriété. Les plans locaux d’urbanisme ou des usages locaux peuvent aussi prévoir d’autres règles.

Les démarches, dans l’ordre

Comme pour la plupart des conflits de voisinage, je vous conseille de procéder par étapes, de la plus douce à la plus formelle. C’est la même logique que pour le voisin qui tond le dimanche à 8 heures.

  1. En parler simplement. Beaucoup de voisins n’ont pas conscience de la gêne, ou ignorent qu’ils doivent élaguer. Proposez éventuellement une date et un élagueur commun.
  2. Écrire un courrier aimable, rappelant la règle (l’article 673 du Code civil pour les branches) et demandant l’élagage dans un délai raisonnable.
  3. Envoyer une lettre recommandée avec accusé de réception, en l’absence de réaction.
  4. Saisir un conciliateur de justice, gratuit, joignable via la mairie ou le tribunal. Pour ce type de litige, une tentative de résolution amiable est en général un préalable avant de saisir le juge.
  5. Saisir le tribunal en dernier recours. Le juge peut ordonner l’élagage, sous astreinte, et éventuellement des dommages et intérêts. Un constat par commissaire de justice et des photos datées renforcent le dossier.

Un conseil : gardez une trace de chaque échange (courriers, photos, dates). Si vous comptez prendre des photos de la propriété voisine, restez dans le cadre de ce qui est permis, un sujet que j’aborde dans l’article sur les caméras et la vie privée entre voisins.

Les situations particulières

Les feuilles mortes qui tombent chez vous. Elles ne constituent pas, en principe, un trouble à elles seules : la chute des feuilles est considérée comme un inconvénient normal du voisinage. Seul un trouble vraiment anormal (gouttières bouchées en permanence, quantités excessives) pourrait justifier une action.

L’arbre qui vous prive de soleil. La perte d’ensoleillement peut, dans certains cas, être reconnue comme un trouble anormal de voisinage, mais cela s’apprécie au cas par cas.

L’arbre qui menace de tomber. Si un arbre malade ou mal entretenu présente un danger, son propriétaire est responsable des dommages qu’il pourrait causer. Signalez-le-lui par écrit ; en cas de danger immédiat, la mairie peut aussi être alertée.

Un arbre en copropriété ou sur un terrain public. Les interlocuteurs changent (syndic, commune), mais les principes restent proches.

Les erreurs à éviter

  • Couper les branches vous-même sans accord écrit.
  • Cueillir les fruits encore sur l’arbre du voisin.
  • Couper de grosses racines sans évaluer le risque pour la stabilité de l’arbre.
  • Laisser pourrir la situation pendant des années avant d’en parler : l’irritation monte et le dialogue devient plus difficile.

Un arbre, deux jardins

Pour mon noyer, une conversation autour d’un café a suffi. Mon voisin n’avait jamais pensé que ses branches me gênaient, et nous avons fait venir le même élagueur pour nos deux jardins, en partageant les frais du déplacement. Les règles du Code civil sont précieuses pour savoir où l’on en est, mais la meilleure issue reste souvent celle qu’on trouve ensemble. D’autres réponses à vos questions de droit du quotidien vous attendent dans la rubrique Avocat & Juridique.

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